La franchise en Algérie : un état des lieux toujours d’actualité
(Résumé d’une étude universitaire de 2019 de Rym Boumansour et Chérif Lahlou)

En 2019, Rym Boumansour et Chérif Lahlou, chercheurs à l'Université d'Oran 2 Mohamed Ben Ahmed, publiaient dans la Revue Algérienne d'Économie et de Gestion une étude intitulée « La franchise en Algérie : un état des lieux ».
Six ans plus tard, force est de constater que la plupart des constats dressés alors demeurent valables, hélas.
1. Les débuts timides de la franchise en Algérie
La franchise apparaît en Algérie dans les années 1990, notamment avec des enseignes agroalimentaires comme Candia-Tchin Lait, Danone ou Coca-Cola (franchises de production). Dans les services, c'est l'hôtellerie qui ouvre la voie avec Hilton, Sofitel et Sheraton.
Cependant, c'est à partir des années 2000 que le secteur de la distribution en franchise connaît une véritable émergence.
Quelques exemples de franchises internationales présentes :
- Yves Rocher (distribution),
- Hilton (hôtellerie),
- Sofitel et Sheraton (services).
Les initiatives algériennes restent rares :
- Dar BKL (fabrication de fenêtres en PVC),
- Top Hygiène (services),
- Selectair, Zohara, Gottfried ou Promy (distribution).
2. Un retard marqué face aux voisins
Comparée au Maroc ou à la Tunisie, l'Algérie affiche un important retard dans le développement de la franchise.
Selon Aït Abderrahmane (2017), ce retard s'explique par la transition brutale d'une économie administrée à une économie de marché, qui a laissé les opérateurs économiques mal préparés aux règles de l'économie libérale.
3. Un potentiel important, mais sous-exploité
L'Algérie dispose pourtant de nombreux atouts pour attirer des investissements étrangers via la franchise :
- taille du marché,
- forte demande en consommation,
- main-d'œuvre abondante,
- opportunités dans la distribution, la restauration, l'agroalimentaire, l'automobile, le textile, l'hôtellerie...
L'arrivée de plus d'une centaine de franchises dans les années 2000-2010 (surtout dans la distribution et les services) en témoigne.
Cependant, ce chiffre reste marginal au regard du potentiel du pays.
4. Les freins juridiques, bancaires et fiscaux
L'étude souligne un paradoxe majeur : en Algérie, la franchise n'est ni autorisée, ni interdite. Elle évolue dans un vide juridique qui freine son expansion.
Les principaux blocages :
- Absence de loi spécifique sur la franchise : plusieurs projets ont été initiés (2007, 2009, 2018) mais n'ont jamais abouti.
- Blocage des transferts financiers : la Banque d'Algérie interdit longtemps le transfert des royalties et redevances, ne reconnaissant pas le contrat de franchise.
- Contraintes fiscales : la loi de finances complémentaire de 2005 impose un capital social minimum de 20 millions de dinars pour les sociétés importatrices, ce qui décourage les franchisés.
- Obstacles réglementaires : difficulté à importer régulièrement les collections, impossibilité de payer droits d'entrée et royalties à partir d'un compte en dinars, contradictions avec la loi algérienne sur la concurrence (qui interdit l'exclusivité pourtant nécessaire à la franchise).
- Problèmes pratiques : rareté des locaux commerciaux adaptés, instabilité des règles, insuffisance de formation des franchisés.
Ces contraintes poussent certains opérateurs à recourir à des pratiques détournées, parfois illicites, pour contourner les blocages.
5. Une opportunité stratégique pour l'économie
Malgré ces obstacles, la franchise pourrait jouer un rôle clé dans la modernisation de l'économie algérienne.
Selon Boumansour et Lahlou, elle présente plusieurs avantages :
- Création d'emplois (directs et indirects),
- Développement des PME dans divers secteurs,
- Transfert de savoir-faire et de technologies,
- Lutte contre la contrefaçon et le marché informel,
- Protection des marques et de la propriété intellectuelle,
- Amélioration de l'environnement des affaires et du capital humain.
6. Vers une réglementation adaptée ?
Depuis la parution de cette étude, plusieurs projets de loi ont été évoqués, mais aucun n’a abouti concrètement. Cependant, des initiatives récentes montrent une volonté de structurer enfin ce secteur.
À ce titre, un rapport d’experts publié en mai 2024, intitulé Évaluation de la réglementation algérienne concernant la franchise (par Maître Frédéric Fournier et Jean Samper ), dresse un état des lieux complet de la législation et propose des pistes d’évolution.
Ce document analyse notamment :
- le cadre contractuel et la protection des consommateurs,
- le transfert des redevances à l’étranger,
- les baux commerciaux,
- la définition légale de la franchise,
- l’exclusivité territoriale et les obligations des franchisés.
Il constitue une mise à jour précieuse des constats établis par Boumansour et Lahlou en 2019, et confirme que la franchise en Algérie reste un champ de potentiel inexploité, en attente d’un cadre juridique clair.
Article préparé par la rédaction d'AfriqueFranchise.com, à partir des recherches de Rym Boumansour et Chérif Lahlou (Université d’Oran 2, 2019) et du rapport d’évaluation de Maître Frédéric Fournier et Jean Samper (2024).
Pour aller plus loin, téléchargez le PDF complet de l’étude universitaire de Boumansour et Lahlou (2019).